... TÊTE-À-TÊTE... suite
ElIe y découvre la Paradise Paint, une gamme d'émaux aux tons vifs qui résistent à de très hautes températures et se rapprochent, après cuisson, des couleurs de la peinture à l'huile. Le produit a été développé par la NASA à des fins industrielles, en particulier pour la peinture des navettes de l'espace. Certains en ach├Ętent des containers pour les revendre dans de petits pots!
C'est à New York qu'Anne-Lise fera sa première tête, synthèse de sa double vocation de portraitiste et d'artiste verrier. À Paris, son atelier devient surtout un lieu de dessin, de réflexion et de peinture où elle traite les thèmes qui lui sont chers. Comme tout débutant, elle prend d'abord ses modèles dans son entourage, puis ses peintures en trois dimensions, enfouies dans le verre, traduisent de plus près ses préoccupations personnelles.
Sa fascination du portrait, qui fige de manière éternelle la beauté de jeunes femmes et de jeunes hommes morts il y a 500 voire 2000 ans... Masques funéraires du Fayoum, région d'Égypte où les traits du mort sont peints avec les couleurs de la vie, étonnantes têtes océaniennes remodelées directement sur le crâne du défunt et présentées dans une exposition intitulée «La mort n'en saura rien» au musée des arts d'Afrique et d'Océanie, visages sereins et glabres des gisants de la cathédrale de Saint-Denis. Surgissent bientôt des références émotives liées au portrait de la peinture classique: Piero della Francesca, Pisanello, Van Eyck, une baigneuse d'Ingres ou les Préraphaélites, avec l'Ophelia de John Everett Millais... Un tel travail porte ses fruits.
Dès 1999, Anne-Lise participe à des expositions collectives: «Verre au Féminin» chez Marina Barovier, à Venise.
En 2000, les verriers français contemporains au musée danois d'Ebeltoft, le Cerfav chez Rossella Junck (toujours à Venise) qui l'accueillera en 2002.
Les galeristes ouvrent l'oeil. Christian Braggiotti se déplace «pour voir» et organise une première expo solo dans sa galerie d'Amsterdam. Mieke Groot retient deux têtes qui entrent dans la fameuse collection Ernsting, en Allemagne... Enfin, récompense attendue: en avril, l'exposition personnelle chez Clara Scremini, à Paris, qui fait mentir I'adage affirmant que «nul n'est jamais prophète en son pays».
Mais le verre est le verre, et quelques considérations techniques n'affaiblissent pas le parcours de ces «têtes bien pleines». Promues au rang d'oeuvre d'art, chacune d'entre elles est un gros boulot.
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Revue de la Céramique et du verre n°117 - Avril 2001

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