... TÊTE-À-TÊTE... suite
Anne-Lise, comme la plupart des jeunes artistes actuels, n'a pas d'atelier technique personnel et souffle ses pièces dans la verrerie d'Yves Batterel à Louviers, qui est lui-même un artiste. En certaines occasions, Matteo Gonet, Pedro Veloso et Gérald Vatrin, ses amis, soufflent les grosses pieces sous son oeil vigilant. Le processus, en lui-même, est des plus complexes.
«Je souffle une bulle, explique Anne-Lise, travaillée avec la technique du graal. Bien refroidie à l'arche, je la grave et dégage les couches de couleurs en fonction du décor. L'étape suivante, primordiale, est celle de la peinture, où je peux jouer avec les traits, les superpositions et les transparences. Tout cela sèche.
La pièce est ensuite réchauffée dans un petit four à 540°C, reprise au bout de la canne, modelée au marbre pour donner la bonne forme.
Enfin, je recueille une dernière paraison et souffle jusqu'à ce qu'elle atteigne la taille définitive, souvent au double du départ. C'est à ce dernier stade que le décor s'étire et s'étend. La peinture parait se diluer et laisse apercevoir ce qui dormait en dessous: les tons diffus, les craquelures et des tas d'effets troublants de matières.
La gravure peut prendre une quinzaine d'heures et la peinture, neuf ou dix, beaucoup de pièces sont refaites deux et trois fois. Mais c'est bien une véritable peinture entièrement liée au verre qui ne prend sa dimension qu'après le dernier soufflage. Tout l'intérêt du travail porte sur un pari: la dynamique du décor qui comporte toujours une part d'aléatoire, triomphante ou suicidaire.»
Devant cette artiste de trente-trois ans, bien ca1ée sur orbite, les difficultés techniques n'attirent que peu de compassion. On sait que rien n'arrêtera sa course. II est plus important d'en suivre les nouvelles étapes.
C.S.

Revue de la Céramique et du verre n°117 - Avril 2001

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